« Du père à la fille, le discours a changé ; pas le propos. »

« Je souhaite que mon programme permette de dire “Heureux comme un entrepreneur en France” », déclare Mme Le Pen le 5 janvier 2017. « Nous sommes des capitalistes, d’abord », nous confirme M. Bernard Monot, économiste, qui se présente comme « l’un des papas du programme économique » du FN. La spécificité de son projet ? « À l’intérieur de l’Hexagone, nous sommes libéraux, c’est-à-dire en faveur du profit. Au-delà des frontières, tout change : il faut lutter contre la concurrence déloyale que nous impose la dérégulation mondialiste. » Une sorte de « macronisme dans un seul pays », en somme ? « Pas du tout ! Macron, c’est l’ultralibéralisme : les excès d’un modèle qui réserve le profit à quelques-uns ! »

Dans son livre de 2012, Mme Le Pen ne critique jamais le « libéralisme » ou le « capitalisme » sans leur associer un marqueur de dévoiement : « ultra », « hyper », « extrême », « mondialisé », suggérant qu’elle condamne moins un régime économique que sa tendance à l’immodération. « La société a été trop loin dans l’idéologie de la rente, renchérit M. de Voyer. Quand on voit que cette année les entreprises françaises ont reversé 50 milliards de dividendes à leurs actionnaires, un record… Ça n’est pas sain. » En lecteur de Christopher Lasch, Jean-Claude Michéa et Jacques Ellul, il prône le retour d’un « sens des limites ». Il serait ici orchestré par un « État plus présent ».


Substituant de la sorte une « conscience nationale » à la « conscience de classe », le FN désarçonne certains de ses observateurs. Car les questions économiques se trouvent mécaniquement reléguées dans la hiérarchie de ses priorités, lorsqu’elles ne sont pas revisitées afin d’activer le clivage fondamental à ses yeux : celui de l’identité. Le peuple, victime de la mondialisation personnifiée par l’immigré, l’islamiste ou le « plombier polonais », trouve alors à ses côtés le petit patron, lui aussi victime d’une menace caractérisée comme « étrangère » : la finance ou les multinationales. Du père à la fille, le discours a changé ; pas le propos.

via Duplicité économique du Front national, par Renaud Lambert (Le Monde diplomatique, mai 2017)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s