La farce présidentielle

Comment a-t-on pu en arriver là ? Et précisément, à propos de cette institution centrale de la Ve République. L’élection du président de la République n’a pas été instituée en 1958 tant le général de Gaulle ne pouvait prendre le pouvoir en imposant une réforme aussi contraire au parlementarisme qui, depuis 1851, était le dogme essentiel de l’orthodoxie républicaine — marquant par là son hostilité définitive au césarisme. Le général de Gaulle, déjà suspect d’autoritarisme, devait donc faire un compromis… jusqu’en 1962, où il utilisa l’occasion de l’attentat du Petit Clamart pour faire adopter par référendum l’élection du président de la République au suffrage universel. Provoquant l’indignation de la plupart des parlementaires jusqu’à celle de son ancien mentor Paul Reynaud. L’approbation obtenue au référendum de 1962, l’adhésion mesurée ensuite par les sondages, la participation électorale toujours plus élevée à tous les scrutins ont ensuite légitimé cette institution. Cela donnait doublement raison au général de Gaulle.


Sans doute le virage le plus net est-il intervenu avec Nicolas Sarkozy qui l’a revendiqué. Jusqu’à concentrer à l’Élysée les ministères de l’intérieur, de l’économie, des affaires étrangères, sans parler de la justice avec des conseillers spéciaux autour du président ayant plus de poids que les ministres. On n’insistera pas sur le rôle du premier ministre, qualifié de « collaborateur ». Significativement, l’inflexion a été confirmée par François Hollande.


Il y avait eu des chefs politiques pris à contre-pied comme Jacques Chirac en 1987 ou Édouard Balladur en 1994 sur les privatisations, mais rien d’aussi manifeste que l’élection de Nicolas Sarkozy avec des promesses de dérégulation, jusqu’à dire se prononcer en faveur des subprimes, promesses contrées par la crise financière de 2008 qui l’obligea à accepter l’intervention de l’État afin de sauver les banqueset l’économie française. Jusqu’à s’en vanter par la suite. Quant à François Hollande, il ne s’est pas attaqué à la finance, n’a pas sauvé Florange, etc.


En ne jurant plus que par les élections, les dirigeants politiques contribuent moins à un renforcement de la démocratie — comme ils le croient sûrement —qu’ils ne participent paradoxalement à la vider de sa substance. Pourquoi faire des élections ? Pour conquérir le pouvoir évidemment. À condition de ne pas omettre que l’élection désigne le vainqueur mais doit aussi lui conférer la légitimité de gouverner. Le cas du candidat LR montre bien combien la classe politique, du moins une partie d’entre elle, non celle des élus de base mais celle des prétendants aux hautes fonctions officielles, a perdu de vue la fonction légitimatrice de l’élection. Gagner, un point c’est tout, en prenant le pouvoir comme une capacité objective, une chose qu’on garde jusqu’à la prochaine élection. Une fois doté de ce sceptre ou ce trophée, les gouvernés n’auraient plus qu’à obtempérer. Inutile de dire que cette élection, qui dans l’esprit de son créateur visait à établir un lien direct entre le chef de l’État et le peuple, s’est éloignée de ses principes originels — quand bien même ce créateur serait perpétuellement convoqué (à contresens).

via La farce présidentielle, par Alain Garrigou (Les blogs du Diplo, 17 avril 2017)

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