Dire la violence extrême au Mexique

Ciudad Juárez, Etat de Chihuahua : trois hommes et une femme gisent morts au bord d’une avenue, entourés par les médecins légistes. Cuernavaca, Etat de Morelos : un homme est étendu sur le sol, le visage et les mains attachés avec du ruban adhésif, ses mains jointes semblant imiter le geste de la prière. Uruapan, Etat de Michoacán : sur le flanc d’une montagne, près d’une route, une dizaine de corps ensanglantés forment une sorte de tumulus. Culiacán, Etat de Sinaloa : sur un escalier près d’un trottoir, deux hommes ont été retrouvés abattus ; leur posture indique qu’ils ont tenté de fuir, et leur chair a été déchiquetée par des balles de gros calibre. Boca del Río, Etat de Veracruz : une vingtaine d’hommes et de femmes ont été exécutés ; ils ont été retrouvés sur une avenue, nus ou à moitié déshabillés, les mains et les pieds liés par du ruban adhésif. Torreón, Etat de Coahuila : quatre têtes tranchées sont alignées sur le capot d’une voiture. Mérida, Etat du Yucatán : dans un amas de cadavres, des corps décapités se mêlent à d’autres enveloppés dans des couvertures ; les tatouages des victimes se confondent avec les motifs des tissus. Oaxaca, Etat d’Oaxaca : la tête d’un homme a été posée au milieu d’un pont piétonnier au-dessus duquel on lit un message menaçant à l’encontre d’un groupe rival. Chair déchirée, sang qui coule, mutilations, abjection.

La violence extrême des règlements de comptes entre criminels et trafiquants de drogue est fortement liée à la sous-culture de la violence de l’Etat lui-même, qui suppose corruption, inefficacité, ineptie et irresponsabilité.

Je réfléchissais à tout cela quand les médias ont rapporté presque simultanément trois faits qui confirment l’ancrage de l’anamorphose dans mon pays :

1. L’exécution d’au moins quinze personnes dans un prétendu affrontement entre vingt-deux délinquants supposés et l’armée mexicaine à Tlatlaya, Etat de Mexico, le 30 juin et le 1er juillet 2014. L’enquête s’oriente vers la responsabilité présumée d’un officier et de trois soldats (sur les sept impliqués) ;

2. L’enlèvement, la torture et l’assassinat de six étudiants à Iguala-Ayotzinapa (4), Etat de Guerrero, et la disparition de quarante-trois étudiants les 26 et 27 septembre 2014, œuvre de policiers et de criminels ayant des complicités parmi les élus locaux.

3. Au cours de l’été 2014, quarante-six corps, parmi lesquels ceux de seize femmes, ont été découverts lors du drainage d’un canal à Ecatepec, Etat de Mexico, tout près de la capitale du pays. En l’apprenant, les autorités ont tenté de minimiser les faits ou de les passer sous silence.

via Dire la violence extrême au Mexique, par Sergio González Rodríguez (Le Monde diplomatique, août 2015)

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