Une affaire de prêtre pédophile rattrape le pape François en Argentine

Il en est ainsi de l’attitude du chef de l’Église catholique, le pape François. Quand il était archevêque de Buenos Aires et président de la Conférence épiscopale argentine, le cardinal – qui deviendra le premier pape sud-américain en mars 2013 – a activement participé à une opération de lobbying visant à défendre un célèbre prêtre de son pays, le père Grassi, finalement condamné en 2009 à 15 ans de prison pour l’agression de deux enfants.


Face aux victimes, le célèbre curé a également pu compter sur le soutien indéfectible de sa hiérarchie. « L’attitude du pape depuis 2002, quand il était cardinal jusqu’à aujourd’hui, a facilité l’impunité de Grassi », accuse Me Juan Pablo Gallego, l’avocat des victimes,« si Bergoglio était en accord avec la doctrine de l’Église, déjà sous Benoît XVI, cela fait bien longtemps que Grassi serait éloigné, réduit à l’état laïc, et qu’il ne pourrait plus faire partie de l’Église catholique. »

Il y a pire que cette passivité coupable : en 2010, après la première condamnation du célèbre prêtre, l’Église argentine est allée jusqu’à commander une contre-enquête visant à disculper le prélat. Rédigé par Marcelo Sancinetti, un juriste de renom qui enseigne le droit pénal à l’université de Buenos Aires, le document intitulé « Études sur le cas Grassi » a été commandé par la Conférence épiscopale d’Argentine alors présidée par… le cardinal Bergoglio, l’actuel pape François. Un document de 2 600 pages qui vise à démontrer que les plaignants ont menti et qui va même jusqu’à interroger l’orientation sexuelle des victimes. Un chapitre entier de la contre-enquête vise par exemple à mettre en scène des« éléments irréfutables » de la vie de l’un des plaignants afin de mettre en doute son hétérosexualité. La démonstration aboutit à une conclusion à sens unique : la justice s’est trompée, il faut acquitter Julio Grassi en appel.


Le cas Grassi est emblématique du flou qui entoure la position du pape François sur ces questions. Depuis son élection, le souverain pontife multiplie les commissions et les déclarations fortes en matière de lutte contre la pédophilie. Non sans ambiguïté. En février 2016, dans un avion qui le ramène du Mexique à Rome, et en pleine affaire Barbarin, il estime qu’« un évêque qui change de paroisse un prêtre alors qu’il sait qu’il est pédophile est un inconscient, et la meilleure chose qu’il puisse faire est de présenter sa démission ».


En mai 2015, en déplacement au Chili, le pape François avait apporté son soutien à Mgr Barros. « Pensez avec vos têtes et ne vous laissez pas mener par des vents gauchistes qui ont orchestré toute cette chose », déclarait-il alors. Un an plus tard, en mai 2016, le Saint-Père explique dans une interview au journal La Croix qu’une démission du cardinal Barbarin, alors mis en cause pour « non-dénonciation », serait « un contresens ». Ce qui provoquera l’amertume de l’association lyonnaise de victimes La Parole libérée, qui attend toujours d’être reçue par le souverain pontife.

via Une affaire de prêtre pédophile rattrape le pape François en Argentine | Mediapart

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s